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Des dizaines d’agents SNCF défilent dans le cabinet de cette psychologue

Mme François, spécialiste de la souffrance au travail, reçoit de nombreux salariés de la SNCF.

Depuis quatre mois, Mme François, spécialiste de la souffrance au travail, reçoit de nombreux salariés de la SNCF. Dès le 24 février dernier, elle a alerté la direction de l’entreprise, sans succès. Le Vendredi 10 mars, un agent s’est suicidé.

C’était en novembre dernier. J’ai commencé à recevoir des agents, un premier, un deuxième, un troisième, etc. En tout, j’ai dû en voir une bonne trentaine en consultation. Des gens perdus, désorientés, qui ne savent pas ce qu’ils vont devenir, qui ont peur du lendemain et ont la sensation d’avoir perdu la SNCF d’avant. Beaucoup résistent aux changements, sans doute parce qu’il est mis en place trop rapidement et parce qu’il n’est pas suffisamment accompagné.

De bouche à oreille, ils se sont dit qu’il fallait venir nous voir. Je ne suis pas la seule à avoir reçu ces agents. Mes consœurs du cabinet aussi. On fait toutes un constat assez net : une souffrance généralisée, liée à la nouvelle organisation du travail, à cette réforme «  Petits Collectifs  ». Les agents vivent cette réorganisation comme une vraie violence.

Après avoir rencontré ces dizaines d’agents, j’ai fait parvenir un courrier d’alerte à Monsieur Guillaume Pépy [PDG de la SNCF], le 24 février dernier. En objet : «  Risque majeur pour la santé psychique des agents de la SNCF  ».

[Françoise François lit le courrier qui accompagne son rapport]
« Par la présente, je tiens à vous informer de la gravité de la situation. Je suis certaine que vous êtes soucieux de la santé physique et psychique de tous ces gens, raison pour laquelle je me permets de vous faire ce signalement avant d’avoir à le faire auprès du Procureur de la République  »

Relancer l’alerte après le suicide d’Édouard

Puis Édouard – que je voyais en consultation – s’est jeté sur les rails à la gare Saint-Lazare [dans la nuit du 10 au 11 mars]. Il y a deux interprétations possibles du suicide sur le lieu de travail : c’est soit le dernier endroit où l’on se sent bien, en sécurité, soit celui qui nous fait souffrir. Dans le cas d’Édouard, l’hypothèse n°2 est la seule valable.

Il était en mission depuis 4 ans, il n’avait pas de poste. Il était malheureux et se battait depuis des mois contre la réforme «  Petits Collectifs  » et contre sa hiérarchie. Il n’y avait plus aucun dialogue entre lui et ses supérieurs.

Cinq jours après le décès d’Édouard, j’ai reçu une réponse de la SNCF au premier courrier adressé à Pépy en février. Dans cette lettre, l’un des cadres de l’entreprise m’explique comment fonctionne la fameuse réforme et sa mise en place. On me dit que tout le monde y a bien réfléchi, qu’elle est consentie par tous, que chacun est accompagné. «  On a fait ça bien  », en somme.

La réponse ne me satisfait pas. J’ai donc décidé d’envoyer un second courrier, le 3 avril, avec pour objet : «  Décès de Monsieur Édouard Postal  » et je rappelle le numéro du parquet pour l’enquête de police sur le suicide d’Édouard. J’adresse à nouveau cette lettre à Guillaume Pépy.

Je n’attends pas de réponse. Je fais mon travail. J’essaie d’aider, de guider ces agents, de les accompagner, de les soutenir. S’il faut que des agents partent de la SNCF pour s’en sortir, je les accompagnerai. Beaucoup sont en arrêt. Personne n’y gagne. Qui paie ces interruptions de travail ? Le service de sécurité sociale interne à l’entreprise.

Tous ces salariés ont foi en leur entreprise : ils aiment leur outil de travail, leur enseigne. J’ai une dame qui m’a appelée la dernière fois, elle m’a dit : «  Je suis cheminote  ». Ce n’est pas rien ! Son père était cheminot, son grand-père aussi. Elle est de la SNCF. Il y a un esprit d’entreprise très fort, de même qu’une appartenance à une classe globale, familiale, protectrice.


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